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Vous avez dit Entropie ?

17 juin 2015, par Gwenaëla Caprani

Proposition de définition par hypotypose

Une fois que la machine est partie, elle s’emballe jusqu’à scier la branche sur laquelle elle est assise. [1]

Ainsi parle Monique Pinçon-Charlot constatant la prolifération des boutiques de griffes haut de gamme qui grignotent petit à petit les emplacements des librairies dans le quartier Saint-Germain-des-Près à Paris.

Qu’est-ce qui rend ce quartier désirable ?

C’est, dans l’imaginaire collectif, un lieu de culture d’après-guerre.... Les rappels au folklore de l’après-guerre réjouissent les touristes. [2]

Consommer —> Consumer —> Mourir de l’épuisement de sa source d’énergie.

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Photo Giampaolo Sgura in « My Market Day » - Vogue Japon Octobre 2014, style Anna Dello Russo

Néguentropie ou entropie négative

Le mot Entropie apparaît sympathique et engageant comme les vitrines désormais majoritaires à Saint-Germain-des-Près.

Il faut lui plaquer le filtre de l’adjectif "négative" pour faire surgir sa dangerosité et faire émerger la bienveillance de son opposé : la néguentropie.

Pas de chance, le bienveillant est affublé du "nég", du négatif porteur du signe moins, qui grandit à contre sens.

Néguentropie : Le concept a été initialement introduit par le physicien autrichien Erwin Schrödinger, dans son ouvrage Qu’est-ce que la vie ? (1944) pour expliquer la présence de « l’ordre » à l’intérieur des êtres vivants et leur tendance à s’opposer au chaos et à la désorganisation qui régit les systèmes physiques.... Elle [la cellule, la vie] tend à conserver sa néguentropie, c’est-à-dire une organisation, une structure, une forme, un fonctionnement, et cela grâce à la consommation d’énergie, venant de l’extérieur de la cellule. [3]

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Photo Steven Klein - Vogue Paris, Octobre 2007

Entropie - entropique : Un automate est entropique. C’est un système fermé, qui tourne en boucle, qui ne produit jamais de variabilité, ne change pas son comportement. [4]
A l’échelle de l’homme, l’entropie c’est la bêtise fonctionnelle. [5]

Evaluer les niveaux d’entropie (-) et de de néguentropie (+)

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Comment savoir si une activité crée de la néguentropie ?
Bernard Stiegler propose une réponse lors d’une conférence
Gaité lyrique, Paris, le 9 Avril 2015

Cynthia Fleury ; interrogée par Télérama lors de la sortie de son livre "les irremplaçables" [6] :

Vous évoquez ainsi la dérive « entropique » des démocraties contemporaines. De quoi s’agit-il ?

En thermodynamique, l’entropie mesure l’état de désordre d’un système : elle croît lorsque celui-ci évolue vers un désordre accru. Or, depuis une trentaine d’années, les démocraties occidentales sont traversées par une dynamique de travestissement, de marchandisation délirante et sans précédent, qui fait de nous des entités interchangeables, remplaçables, mises au service de l’idole croissance. Chacun peut en faire l’expérience, que ce soit dans l’univers de la finance, de la consommation, de l’écologie, à travers tous ces phénomènes de captation, de rationalisation extrême, de rentabilité outrancière qui ne s’interrogent ni sur leurs présupposés ni sur leurs attendus. Mais l’expression d’entropie démocratique, c’est encore autre chose, cela renvoie au désordre interne de la démocratie, à ses dysfonctionnements qui relèvent de sa nature même. Cela, Tocqueville l’a parfaitement analysé en définissant ainsi la démocratie : de bons principes, théoriquement justes et éthiquement acceptables, qui produisent des effets pervers. La construction de l’Etat de droit, c’est l’aventure de ce fossé entre les principes et les pratiques.

Pourriez-vous donner un exemple ?

Chez Tocqueville, les principes se changent en passions ; ainsi, la passion du principe d’individuation, c’est l’individualisme. Le sujet individualiste est passionné par lui-même, autocentré, replié, grisé par l’ivresse de soi, alors que le sujet individué met en place un regard sur le monde extérieur, déploie et assure un socle, une assise, qui lui permet d’entrer en relation avec ce qui l’entoure. L’aventure de l’irremplaçabilité, la voie de l’individuation, ressemble ainsi sous maints aspects à celle de la dépersonnalisation. Il ne s’agit pas de devenir une personnalité, d’être dans la mise en scène de l’ego. L’enjeu est au contraire relationnel : il s’agit de se décentrer pour se lier aux autres, au monde, au sens.

Notes

[1Quotidien Libération - Mercredi 17 Juin 2015

[2Ibid.

[3Notice Wikipédia - relevé le 17/06/2015

[4Bernard Stiegler, IC01 cours 1 – Histoire et prospective des industries culturelles et des médias numériques. Cours du 11 mars 2015, à l’UTC Compiègne, 27ème minute et 30 secondes

[5ibid, 21ème minute et 20 secondes

[6Télérama Idées par Juliette Cerf Publié le 30/08/2015. Mis à jour le 10/09/2015

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