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Formons une génération de hackers

12 septembre 2013, par Gwenaëla Caprani

« Google et Facebook donnent aux gamins qui trouvent des failles de sécurité dans leurs systèmes de l’argent. Les gamins qui font de même avec les systèmes de leur école sont exclus. Normal ? »

  • Je suis aussi une maman.
  • Je me perçois aussi comme adulte responsable.
  • Je suis aussi une technophile.
  • J’apprécie aussi de comprendre le fonctionnement des appareils que j’utilise.
  • Je me passionne aussi pour les questions d’enseignement... et plus particulièrement pour les questions d’enseignement des sciences et des techniques.
  • J’ai aussi lu tous les ouvrages de Stella Baruk.
  • Je trie aussi les informations que je reçois.
  • J’essaie aussi de ne pas me satisfaire des pensées d’emprunt.

Et quand parfois, je croise sur la toile un texte dont je me régale, je le propose en lien : Les gamins ne savent pas utiliser les ordinateurs... Voici pourquoi ça devrait vous inquiéter.

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TEAM Les Galapiats : une expérience unique au monde

L’article est traduit de l’anglais par une valeureuse jeune femme, prénommée Nathalie, qui associe des compétences en graphisme et en informatique : une Geek élégante en somme.

Le texte original est signé Marc Scott, anglais et teacher of Computing and Systems & Control.

Il n’y a pas de voitures, juste des ordinateurs dans lesquels nous nous asseyons. [1]

Une autre traduction du même article, illustrée et finement commentée par Nicolas Le Gland, Research engineer chez Nintendo Europe.

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Il ne faut pas confondre certains clubs dans lesquels les enfants passent les outils aux adultes et le TEAM Les Galapiats, où ils sont amenés à concevoir, construire et conduire eux-mêmes leurs modèles.

Le quizz

Spécial TL ;DR. Il est donné dans l’article, mais si vous n’avez pas le courage de le lire en entier, le voici :

Sans avoir recours à Wikipédia, pouvez-vous me dire quelle est la différence entre Internet, le World Wide Web, un navigateur Web et un moteur de recherche ?

Gérard Swinnen et son python

Professeur de l’enseignement secondaire belge, Gérard Swinnen, met à disposition sous licence Creative Commons (Paternité - Pas d’utilisation commerciale - Partage des conditions initiales à l’identique) le cours de découverte de la programmation basé sur le langage Pithon qu’il a conçu pour ses élèves de l’option Sciences & informatique du 3ème degré (2 ans de formation que les jeunes gens suivent vers l’âge de 16 et 17 ans).

En tant que professeur ayant pratiqué l’enseignement de la programmation en parallèle avec d’autres disciplines, je crois pouvoir affirmer qu’il s’agit là d’une forme d’apprentissage extrêmement enrichissante pour la formation intellectuelle d’un jeune, et dont la valeur formative est au moins égale, sinon supérieure, à celle de branches plus classiques telles que le latin.
Excellente idée donc, que celle de proposer cet apprentissage dans certaines filières, y compris de l’enseignement secondaire. Comprenons-nous bien : il ne s’agit pas de former trop précocement de futurs programmeurs professionnels. Nous sommes simplement convaincus que l’apprentissage de la programmation a sa place dans la formation générale des jeunes (ou au moins d’une partie d’entre eux), car c’est une extraordinaire école de logique, de rigueur, et même de courage...

À notre niveau d’études, il nous paraît important de montrer que la programmation d’un ordinateur est un vaste univers de concepts et de méthodes, dans lequel chacun peut trouver son domaine de prédilection. Nous ne pensons pas que tous nos étudiants doivent apprendre exactement les mêmes choses. Nous voudrions plutôt qu’ils arrivent à développer chacun des compétences quelque peu différentes, qui leur permettent de se valoriser à leurs propres yeux ainsi qu’à ceux de leurs condisciples, et également d’apporter leur contribution spécifique lorsqu’on leur proposera de collaborer à des travaux d’envergure. [2]

La préface se termine par un argumentaire très précis des raisons qui l’ont conduit à choisir le langage Pithon comme outil mis entre les mains de ses élèves. Tous les critères d’émancipation par la connaissance et l’appropriation saine de l’outil y sont. Un modèle d’application du processus de transindividuation entre l’outil et l’élève, processus espéré et favorisé par le professeur. Dans ce projet, le choix de l’outil est essentiel.

La notion de transindividuation est développée par Bernard Stiegler à la suite de la notion de transindividuel créée par Georges Simondon. [3].

Boîtes noires et pensée magique

Une caractéristique remarquable de notre société moderne est que nous vivons de plus en plus entourés de boîtes noires. Les scientifiques ont l’habitude de nommer ainsi les divers dispositifs technologiques que nous utilisons couramment, sans en connaître ni la structure ni le fonctionnement exacts. Tout le monde sait se servir d’un téléphone, par exemple, alors qu’il n’existe qu’un très petit nombre de techniciens hautement spécialisés capables d’en concevoir un nouveau modèle.
Des boîtes noires existent dans tous les domaines, et pour tout le monde. En général, cela ne nous affecte guère, car nous pouvons nous contenter d’une compréhension sommaire de leur mécanisme pour les utiliser sans états d’âme. Dans la vie courante, par exemple, la composition précise d’une pile électrique ne nous importe guère. Le simple fait de savoir qu’elle produit son électricité à partir d’une réaction chimique nous suffit pour admettre sans difficulté qu’elle sera épuisée après quelque temps d’utilisation, et qu’elle sera alors devenue un objet polluant qu’il ne faudra pas jeter n’importe où. Inutile donc d’en savoir davantage.

Il arrive cependant que certaines boîtes noires deviennent tellement complexes que nous n’arrivons plus à en avoir une compréhension suffisante pour les utiliser tout-à-fait correctement dans n’importe quelle circonstance. Nous pouvons alors être tentés de tenir à leur encontre des raisonnements qui se rattachent à la pensée magique, c’est-à-dire à une forme de pensée faisant appel à l’intervention de
propriétés ou de pouvoirs surnaturels pour expliquer ce que notre raison n’arrive pas à comprendre.

C’est ce qui se passe lorsqu’un magicien nous montre un tour de passe-passe, et que nous sommes enclins à croire qu’il possède un pouvoir particulier, tel un don de « double vue », ou à accepter l’existence de mécanismes paranormaux (« fluide magnétique », etc.), tant que nous n’avons pas compris le truc utilisé.

Du fait de leur extraordinaire complexité, les ordinateurs constituent bien évidemment l’exemple type de la boîte noire. Même si vous avez l’impression d’avoir toujours vécu entouré de moniteurs vidéo et de claviers, il est fort probable que vous n’ayez qu’une idée très vague de ce qui se passe réellement dans la machine, par exemple lorsque vous déplacez la souris, et qu’en conséquence de ce geste un petit dessin en forme de flèche se déplace docilement sur votre écran. Qu’est-ce qui se déplace, au juste ? Vous sentez-vous capable de l’expliquer en détail, sans oublier (entre autres) les capteurs, les ports d’interface, les mémoires, les portes et bascules logiques, les transistors, les bits, les octets, les interruptions processeur, les cristaux liquides de l’écran, la micro-programmation, les pixels, le codage des couleurs...? [4]

P.-S.

1- Merci à Laurent Bloch (et son blog !) qui m’a fait connaître ce texte.

2- TEAM Les Galapiats, c’est à Grenoble, mais de partout on peut visiter leur site Web, et c’est mon amie Nathalie (encore une !), elle-même ancienne Galapiat(e), qui me les a fait découvrir.

Notes

[1Extrait d’un article de Cory Doctorow : Lockdown : the coming war on general-purpose computing, en anglais

[2Préface de Gérard Swinnen, "Apprendre à programmer avec Pithon 3" Editions Eyrolles, la version numérique de ce texte peut être téléchargée librement à partir du site : http://inforef.be/swi/python.htm aux termes d’un accord passé avec l’éditeur.

[4Gérard Swinnen, "Apprendre à programmer avec Pithon 3" Editions Eyrolles, pages 21 et 22

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